Scandale des décorations pour la Légion d’honneur

La légion d’honneur dans la premiere affaire des décorations.

Affaire des décorations site Philippe de Lyon wwwphilippedelyonfrLa médaille de la Légion d’honneur, dans un trafic des décorations, renverse un président de la République, pendant les séances de guérisons accomplies par Maitre Philippe de Lyon ….en 1887!

« …Vous les appelez les hochets, eh bien c’est avec des hochets que l’on mène les hommes…. » Napoléon Bonaparte

Nous sommes en 1887, et à cette époque, les décorations sont à ce point distribuées, en cette dernière partie de ce XIXe siècle si riche en avancées notamment industrielles, qu’elles en sont devenues un objet de trafics en tous genres.
Ce sont ces hochets, ou considérés comme tels par l’Empereur, qui vont provoquer la chute du président de la République…

L’humain a manifestement un besoin de reconnaissance si puissant qu’il en arrive à être capable de trouver n’importe quel moyen d’en obtenir. En tout état de cause , en cette occasion, l’argent ne fait pas défaut.

Des distinctions de toutes natures, comme les titres nobiliaires ou autres noms à particule, sont prisés par nombre de personnes… Même si on les cache. Certains ne les sortent que dans les seules cérémonies dans le cadre desquelles, il est possible de les exhiber, d’autres en font étalage.

Ces derniers cependant, doivent se dire que de les montrer, va les servir, va aider leur image de professionnel reconnu.
Ils ne les cachent…pas du tout, au contraire, n’hésitant pas à se faire « tirer le portrait » selon l’expression consacrée, avec les médailles et autres colifichets.

A l’époque, la quete de ces décorations est particulièrement forte. La plus prisée étant incontestablement la plus célèbre: la médaille de la Légion d’honneur.
Cette dernière a été créée par l’Empereur dans les premières années du 19e siècle. La récente révolution de 1789 ayant supprimé une bonne partie de ce qui passait pour des privilèges : les décorations.
Napoléon Bonaparte justifie son institution avec cette phrase qui semble de circonstance:
« Je vous défie de me montrer une république, ancienne ou moderne, qui savait se faire sans distinctions. Vous les appelez les hochets, eh bien c’est avec des hochets que l’on mène les hommes. ». C’est pour cette raison qu’il a crée ce titre honorifique en 1802, avec comme principale obligation pour espérer en être digne:
«Conduite civile irréprochable et méritante ou faits de guerre exceptionnels après enquête officielle. »

Le scandale devient l’affaire des décorations

Un scandale des décorations, ou comme la nommeront certains articles de journaux:  l’affaire des décorations finit ainsi par éclater en 1887, en France, dans une époque où ces « bibeloteries » battent donc leur plein.
Le fait atteint une telle ampleur, que par exemple, le journal le Gaulois reprend des citations:
une attribuée à Napoléon mais rapportée par un témoin:
« C’nest pas pour ça, parol’ d’honneur, que j’ai fondé la Légion d’honneur« ,
ou encore:  » Jadis, on était décoré et content. Aujourd’hui, on n’est décoré que comptant ! « (Mme Limouzin)

Le gendre du président de la République de cette 3e république, Jules Grévy, se met en tete que cela peut lui rapporter, tant pour lui que pour ses entreprises. Surnommé « Mr Gendre » par les journaux satiriques de l’époque, mais affairiste avant tout, il va donc organiser dans les murs du sous-secrétariat aux finances dans un premier temps, où il siège, avant de s’implanter dans un bureau du Palais de l’Elysée, après l’élection de son beau-père à la présidence, un véritable trafic de décorations.
La presse titre sur « Le scandale des décorations« …
En réalité, seule la medaille de la Légion d’honneur est, à l’honneur ; c’est le cas de le dire.
Environ 22 000 demandes ont été honorées ou sont en passe de l’être.
Il faut tout de même débourser en moyenne entre 25 et 100 000 francs de l’époque pour obtenir le Sésame.
Seuls donc les plus aisés peuvent y avoir accès.
Certains sont pourtant déjà porteurs de titres nobiliaires ou de distinctions, mais c’est très très à la mode, donc on en veut toujours plus.
Une petite enquête dans les articles, permet de découvrir que le trafic a démarré avant l’élection de Jules Grévy à la présidence. En effet, jusqu’à son élection à la présidence, M. Grévy intervenait personnellement dans les procédures. Son élection à la tête de l’Etat l’aurait poussé à se mettre en retrait et à prendre un avocat. Son gendre continue sa « petite affaire », avec un certain nombre de complicités.
Il va proposer des participations dans les entreprises dont il est propriétaire, donnant ainsi à l’obligé, la sensation de participer à une entreprise, d’être ainsi en conformité avec la condition principale d’attribution: « conduite méritante »

Mais, où monsieur Philippe intervient-il dans cette décoration?

Philippe de Lyon et la légion d’Honneur

le scandale de la légion d'honneur La Légion d'honneur site Philippe de Lyon wwwphilippedelyonfrSur ce sujet, nous trouvons dans le livre d’un des témoins: « Il est intéressant de souligner que la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur délivra le 2 août 1902, sous le n° 25905, l’autorisation du port de cette décoration à « M. Philippe Nizier, Médecin en Russie »
Cependant, dans un autre livre, récent, il est indiqué qu’aucune trace de ce document n’existe…..

Nous ne pensons pas que Monsieur Philippe en avait en quoi que ce soit besoin. Même si le nom de Philippe d’Arbresle a été utilisé, comme on peut le lire sur La thèse de doctorat, du Docteur Philippe, fait Chevalier

…Ce détail de la particule interpelle tout de même.
Dans son entourage amical, cité dans la dédicace de cette étude, nous trouvons plusieurs personnes qui vont être à l’origine d’une partie des honneurs reçus. Or, les premiers écrits évoquent à peine ces « honneurs ». Nous n’en trouvons en effet que bien peu de traces, si ce n’est donc, comme le dit l’article, sur le dessus du document.

Nizier Anthelme Philippe a, plutôt logiquement reçu un certain nombre de titres, diplômes et autres décorations, avant 1884. Ces distinctions sont quelques fois, une façon de remercier, de féliciter…de dire, « nous vous connaissons, mais nous ne pouvons vous reconnaitre officiellement »
Il semble pourtant évident qu’il est intervenu, auprès de nombre de personnalités politiques, de familles royales, notamment des cours européennes. Ces faits sont très peu évoqués, et pourtant ne laissent pas tellement de doutes sur leur réalité. Il n’y avait pas beaucoup de possibilités de le remercier. Les « hochets » ont donc du remplir plus d’une fois ses tiroirs.

Donc, quand nous lisons cette citation :
« Si un prince vous donne une DECORATION, portez-la pour ne pas lui faire de peine ; c’est un hochet que l’on déposera une fois chez soi. Mieux vaudrait qu’il n’y en eût pas. »
….Monsieur Philippe sait vraiment de quoi il parle.
Il recevra en effet des décorations, tout au long de sa vie. Et manifestement, il n’est pas le seul.
Nous ne pouvons affirmer que Nizier Anthelme ait dit cette phrase, que nous ne trouvons, rappelons-le que dans un seul livre.
Serait-ce à cause de cette phrase, que les livres auraient fait le choix d’évoquer le moins possible les honneurs reçus?
Comment en effet, expliquer les décorations, acceptées, alors qu’une phrase sortant de sa bouche, condamne ces même titres….?

Petite aparté pour une interrogation:
Nous noterons que nous retrouvons le mot « hochet » dans la phrase, dont le contexte historique nous rapporte qu’elle aurait été prononcée par Bonaparte, pour plaider l’institution de cette médaille. L’enjeu était de taille et chaque argument devait porter auprès du Conseil d’Etat.
Peut-être Philippe aura-t’il repris le propos de Bonaparte? Cette possibilité est d’autant plus envisageable qu’à l’époque-même de cette affaire dite des décorations, Nizier Anthelme a déjà reçu un grand nombre de titres honorifiques …..Fin de la petite aparté.

Sauf qu’à trop en vouloir, on finit par se brûler.
Plusieurs articles sur cette affaire de trafic de décorations existent. Le scandale politico-financier, fin 1887 est immense, et provoquera un ras de marée à la hauteur des faits découverts, tel que le président Grévy, après des semaines de résistance, et de tentatives avortées de sauvetage de son gouvernement, est contraint à la démission…!!
Lui succédera Sadi Carnot, qui aurait eu, selon les sources, d’autant plus de suffrages qu’il aurait refusé, en tant que ministre des Finances, des recommandations…Plusieurs adversaires politiques de Jules Grévy vont profiter de l’occasion pour asseoir leur influence sur un Etat en totale déconfiture

Le parlement est en ébullition. Nombre de députés notamment sont concernés de près ou de loin. Certains craignent une autre révolution. La dernière n’a qu’un siècle.

Les suites

La notion juridique de trafic d’influence, semble être partie de cette affaire. Ce scandale en est un remarquable exemple.
L’enquête n’a peut-être jamais vraiment aboutit. Entre le nombre d’escrocs mis ou non en cause, et le nombre d’escroqués, sans compter les implications dans les plus hautes sphères, vont mettre à mal le monde des décorations, sans oublier les milieux tant affairistes que politiques, friands de ces hochets.

Une commission a apparemment été créée qui publie encore en 1892….soit 5 ans après la découverte des faits.
La presse se fait écho de l’enquête, et évoque encore l’affaire, des décennies plus tard, en 1921.
Ils sont peut etre annonciateurs de l’affaire suivante, toujours de décoration, qui se déroulera elle, dès 1926.

Dans le cadre des recherches, une croyance bien ancrée s’est avérée être une idée reçue, sur le fait que ce titre est obtenu sur demande! Le site de cette célébrissime décoration, informe qu’il n’en est rien.
A ceci près que selon Wiki, depuis 2008, il est possible de la demander…pour quelqu’un d’autre. Une enquête s’ensuit, avec la réunion de dizaines de témoignages.

En 1912, c’est en Belgique cette fois qu’éclate le scandale.

L’affaire des décorations est malheureusement toujours d’actualité, même si l’affaire a pris une autre forme comme l’a fait remarquer ces dernières années un grand quotidien relatant une affaire, impliquant à nouveau, une personnalité au plus haut niveau de l’État.
Le quotidien titrant ainsi l’article :
En 1887 déjà, le scandale des décorations….

Nous profitons de cette publication pour indiquer que les multiples articles et indications en ligne, évoquant notamment une publication du journal le Gaulois, reprenant en titre la première citation énoncée en haut de ces lignes, dont l’auteur serait Alfred Capus, ne sont pas exactes. L’article auquel il est fait référence n’est pas davantage en date du 7 octobre 1887, puisqu’aucun article avec ce titre ni cet auteur, pour ce jour précis n’a été publié sur ce quotidien de l’époque. L’un des articles le plus proches est en date du 16 octobre, avec notamment les citations sur le sujet des décorations. Ce journal a suivi l’affaire, dans une bonne partie de ses ramifications, mais nous n’avons pas trouvé trace de l’article sur lequel bien des quotidiens ou revues d’aujourd’hui se seraient basés…
La citation n’est pas davantage de l’auteur dramaturge indiqué. Dans le même journal, a été publiée une petite liste de citations, relatives aux décorations. La citation « jadis…. » y figure bien, mais son auteur est publié dans le journal.

…Selon certains écrits, dont l’affichage sur le Gaulois, l’auteur de cette phrase, devenue citation, Mme Limouzin, serait la tenancière d’une maison close, au sein de laquelle une perquisition a lieu. Des documents sont alors saisis, qui vont interpeller par leur teneur et enclencher l’affaire dite des décorations.
Le journal n’est pas le seul, loin s’en faut à suivre et publier sur le sujet. Plusieurs autres, dont le Tintamarre, tirent à boulet rouge sur le sujet.
Les dessins satiriques ne se gênent pas non plus.
On peut penser que c’est à cette occasion que le surnom de « Mr Gendre » sera donné à Daniel Wilson, du fait, nous l’aurons compris, de sa position d’époux de la fille du président Grévy.

La presse joue un grand rôle dans la démission du président Grévy, mais pas uniquement. De nombreuses personnalités de premier plan sont impliquées. Ce sera l’occasion pour les détracteurs du pouvoir en place, de tout employer pour démettre la présidence.
Jules Grévy va multiplier les tentatives de constituer une nouvelle équipe, mais toutes ses demandes seront refusées par les intéressés. C’est une crise politique, sociale, financière sans précédent, pour ne pas dire, très grave, qui secoue en effet les plus hautes sphères de l’Etat, comme toutes les classes sociales dites les plus élevées, … 50000 décorations, cala implique par défaut un grand nombre d’implications.

Les assemblées sont très inquiètes, surtout en voyant revenir, sans aucun scrupule, Monsieur Wilson, qui continue d’occuper son poste de député.
Quant à ce dernier, il sera à peine inquiété par la justice…Certes, il y a procès, mais il fait appel, et gagne: le trafic d’influence n’existe pas encore en tant que notion juridique, même si on la trouve nommée ici et là, et surtout ne sont alors condamnables que les fonctionnaires. Le statut de Mr Wilson n’est pas assimilé à cette fonction. Il peut meme se représenter à la députation et être réélu à deux reprises dans un hémicycle dans lequel il est évidemment très mal vu. Mais peu lui importe ; c’est avant tout un affairiste.

Les termes employés par le journal satirique de l’époque le Tintamarre ; peut-être l’ainé du journal Canard Enchainé de notre époque, dont on peut penser qu’il est très lu, seront à ce point remplis de critiques et d’acidité à l’égard de ceux qui veulent à tous prix porter une décoration, quelque soit ce qu’il en coutera, qu’il deviendra difficile, selon la presse, pour tous les « décorés » vrais et faux, de porter leur décoration.

Nous en terminons avec une anecdote, pas forcément connue, et qui trouve sa source, sur wikipédia, sur la fiche de la décoration, indiquant en bas de page, quelques refus de cette haute distinction, dont, nous le découvrons, une personnalité étonnante déjà évoquée sur le sujet Monsieur Philippe: Le curé d’Ars et Philippe de Lyon:

Le curé d’Ars, saint Jean-Marie Vianney, fut nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1855, à son insu : la demande en avait été faite par le sous-préfet de Trévoux et le préfet de l’Ain. Il la refusa au motif que la croix ne rapporterait pas d’argent pour les pauvres. Malgré ce refus, la chancellerie de la Légion d’honneur lui envoya la croix sans demander l’argent. En définitive, il ne la porta jamais mais elle fut posée sur son cercueil
Nous ne savons cependant pas si cette petite histoire a un quelconque caractère authentique

Rien ni personne, pas plus que cet article n’ayant la prétention d’être parfait, si malgré toutes les précautions et les soins pris dans le déroulement de l’enquête ayant abouti à ces propos, il s’avérait que des erreurs se soit glissées dans les données et faits énoncés, ou pour compléter, n’hésitez pas à en faire la remarque.

Etiez-vous au courant de cette affaire? Avez-vous déjà trouvé des allusions à cet épisode historique? dans des livres ou sur quelles sources?

Le site, encore une fois, par sa neutralité, peut aborder des sujets touchant de près ou de loin Monsieur Philippe, sans aucunement manquer de respect, ni envers le lecteur, ni envers la mémoire de Philippe de Lyon.

Sources, accessibles en ligne:

Journaux le Gaulois et le Tintamarre numérisés sur gallica
Wikipédia (sous toute réserve d’une quelconque donnée exacte)
Plusieurs quotidiens, dont le journal Libération, le site de la revue Historia,
Le site France-pittoresque, qui indique en tete d’article: « Extrait de « Le Tintamarre » paru le 12 février 1888 »
Un livre cité dans la bibliographie, dans la partie « allusions à Monsieur Philippe » , depuis lequel cet article a débuté