Maitre Philippe rend hommage aux victimes de l’incendie du Bazar de la Charité du 4 mai 1897.  Un fait divers dramatique qui s’est déroulé dans le cadre d’une vente de charité. Un épisode qui entre dans le contexte historique de Monsieur Philippe puisqu’il se déroule de son vivant, et que de surcroit, il y fait allusion dans une séance, du 16 mai 1897…
L’incendie du Bazar de la Charité du 4 mai 1897 en séance 35 rue tête d'or www.philippedelyon.fr
Cette catastrophe, parce qu’il faut bien appeler les choses par leur nom, a toute sa place sur ce site puisque Philippe de Lyon y consacrera une partie de séance, selon le livre de Serge Caillet (édition 2013). Mais voici, au moins en partie, le déroulement de ce funeste évènement. Ce fait sera d’autant plus « médiatisé » que de nombreuses victimes font partie de la « Haute société » de l’époque, et certaines de naissance royale….Une vente de charité bien organisée, mais avec les moyens de sécurité de l’époque qui, comme nous allons le voir vont ensuite, créer de nombreuses polémiques sans précédents.
Les mots de monsieur Philippe seront à la fin. Mais voici l’histoire:

Le Petit journal. Supplément du dimanche, 16 mai 1897
Le 4 mai 1897 une vente de bienfaisance se tient à Paris, bien connue des notables parisiens de l’époque sous le nom de Bazar de la Charité. A deux pas des Champs-Elysées, dans un vaste hangar en bois de plus de 1000 m², une foule allègre papillonne parmi les échoppes pittoresques d’un Vieux-Paris reconstitué. Un décor tout en poutrelles de bois, toiles peintes et bois blanc où se pressent les longues et riches robes de satin et velours et où se bousculent les élégantes cannes à pommeau des honnêtes hommes. Bordant la chaussée, une succession d’enseignes médiévales, d’auberges et de façades en trompe-l’œil accueille les comptoirs de dames de la haute aristocratie venues vendre bijoux, bibelots et breloques. Il est trois heures de l’après-midi quand le nonce apostolique fait un tour rapide et béni les lieux. A cette heure, parmi les 1200 visiteurs, nombreux sont ceux qui attendent fébrilement l’attraction principale de cette fête : l’attrayant cinématographe des frères Lumières. Une salle de projection a même été aménagée pour l’occasion. Partout on salue l’originalité de l’installation. On applaudit. Pour cinquante centimes versés aux nécessiteux, le gotha parisien assiste à la projection de La sortie des usines Lumière à Lyon, de L’arrivée du train en gare de La Ciotat et de L’arroseur arrosé.

Cinématographe Lumière, d’Henri Brispot, 1896
Mais vers quatre heures vingt, la lanterne à lumière oxyéthérique du projectionniste prend feu. Aussitôt, la cabine du cinématographe s’embrase et la panique gagne immédiatement l’ensemble des spectateurs. L’incendie se propage à une vitesse inouïe parmi les tentures destinées à faire le noir dans la salle. Le feu court sur le velum du plafond. Tous les matériaux sont inflammables. Des flammèches et débris incandescents tombent parmi les spectateurs. On se bat pour gagner les deux seules issues étroites percées en haut de trois marches qu’il faut franchir, en vain, avant de se retrouver coincé dans un salon-vestibule dont les battants, s’ouvrant vers l’intérieur, entravent gravement l’évacuation. La construction toute entière se transforme en un effroyable piège de flammes. Les pompiers assistent impuissants de l’extérieur au spectacle horrible des corps calcinés qui s’effondrent. Un quart d’heure plus tard, il ne reste plus rien du Bazar de la Charité qu’un brasier noir, funeste et fumant. Dans ses souvenirs manuscrits, Isabelle de Régnier, de passage dans le quartier au moment de l’incendie, décrit « les physionomies effrayées » qu’elle croise aux abords de la rue Jean-Goujon et l’enfer vécu par ses proches en visite au Bazar.

Si de nombreuses personnes parviennent à s’échapper, le bilan est très lourd : 126 morts et de nombreux blessés pour la plupart victimes de graves brûlures. Le Tout-Paris, saisi d’effroi, est plongé dans un deuil sans commune mesure : l’incendie a été encore plus meurtrier que celui de l’Opéra-Comique qui avait déjà traumatisé les Parisiens dix ans plus tôt. Le nombre et la notoriété des victimes frappent les esprits au point de faire parfois oublier les religieuses et gens d’origine modeste qui périrent dans l’incendie, souvent en héros. En effet, les quelques sauveteurs à se distinguer se révèlent être des palefreniers, cuisiniers, plombiers ou charretiers qui passaient par là. Mais la célébrité fascine et l’opinion demeure profondément marquée par la mort de Sophie-Charlotte, duchesse d’Alençon et sœur de Sissi, dont le cadavre est identifié dans un Palais de l’Industrie transformé en chambre mortuaire. Par la suite, les multiples témoignages du courage de la duchesse pendant le drame accentueront la dimension tragique de son destin. Méconnaissable, son corps est identifié, ainsi que ceux de nombreuses autres victimes, par l’examen de sa mâchoire. Aussi les spécialistes de l’odontologie légale retiennent-ils la date du 4 mai 1897 comme celle de la naissance de cette spécialité.

Comme toute catastrophe, l’incendie du Bazar de la Charité est suivi par son lot de polémiques et par ses vaines tentatives pour désigner un coupable. D’abord, on incrimine le cinématographe lui-même, jugé trop dangereux, au point que cette catastrophe manque de peu de faire avorter ce 7ème art naissant. Les projections sont officiellement interdites mais subsistent quelque temps dans des baraques foraines. Il faudra construire des salles réglementées et sécurisées pour rassurer et reconquérir un public devenu hostile.

Puis le scandale dans le scandale éclate : la disproportion entre le nombre de femmes et le nombre d’hommes parmi les victimes. Très vite le comportement des hommes pendant la catastrophe est pointé du doigt : lâcheté, brutalité, veulerie. C’est une journaliste libertaire, Séverine, qui pose la dérangeante question : « Qu’ont fait les hommes ? ». Si quelques sauveteurs se distinguèrent par leur courage parmi la gent masculine, force est de constater que sur une liste nominative de 124 victimes, 118 sont des femmes. Le journal Le Matin raconte que les hommes ont majoritairement pris la fuite et se sont avérés « au-dessous de tout ». De nombreux témoignages de rescapés révèlent rapidement que les messieurs n’hésitèrent pas à frapper les femmes du pommeau de leur canne ou de leur poing pour gagner plus vite la sortie. Les femmes, gênées dans leurs déplacements par la longueur d’étoffe de leurs robes furent allègrement piétinées et frappées. Leurs précieuses toilettes, en effet, entravaient l’évacuation rapide des galants hommes. L’opinion publique relayée par la presse raille les « sires de Fiche-ton-Camp » et les « marquis d’Escampette ». Le clivage entre hommes et femmes n’est pas le seul sujet de débat. A l’occasion de la réception des sauveteurs à l’Hôtel de ville, M. Dubois, président du Conseil général de la Seine, avance la théorie suivante : l’héroïsme n’est pas lié au rang social mais à l’exercice d’une activité professionnelle, tandis que l’oisiveté conduit à la lâcheté. En réalité, le drame du Bazar de la Charité est probablement le produit d’un mouvement de foule et de panique collective aggravé par l’absence de réglementation sur la sécurité et une mauvaise configuration des lieux.

Quoi qu’il en soit, cet événement fut un drame national, qui eut un grand impact sur la population comme en témoignent les commémorations qui suivirent. Comme toute catastrophe, il donna lieu à des avancées techniques et règlementaires conséquentes en matière de sécurité.

Céline Raux – Département Droit, économie, politique

source: http://blog.bnf.fr/gallica/?p=5801

L’incendie du Bazar de la Charité du 4 mai 1897 en séance 35 rue tête d'orA présent, et pour conclure, voici l’extrait de la séance du dimanche 16 mai 1897 consacré à ce sinistre évènement:

Philippe de Lyon:  « Il y a eu de nombreuses victimes, à l’incendie du bazar de la charité, le 4 mai à Paris, personne n’a meme pensé à faire une prière à leur intention, mais mortes en faisant leur devoir, elles sont bienheureuses. Désirez de mourir comme elles. Il faut prier, mais comme nous sommes trop matière, Dieu ne nous entend pas, mais il a mis des êtres intermédiaires entre Lui et nous »

Est ce que quelqu’un a des éléments supplémentaires ou des anecdotes relatives à cet épisode dramatique de l’histoire de la capitale?

Une liste des victimes a été établie par une association créée par les descendants  http://bazardelacharite.fr/victims.php

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L’incendie du Bazar de la Charité du 4 mai 1897 en séance 35 rue tête d’or
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5 pensées sur “L’incendie du Bazar de la Charité du 4 mai 1897 en séance 35 rue tête d’or

  • 7 juin 2013 à 0 h 36 min
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    Une médium aurait annoncé:

    « Mademoiselle Couëdon prophétise une tragédie

    Le 21 mars 1897, la Comtesse de Maillé qui aime braver les convenances n’hésite pas à inviter Mademoiselle Couëdon, voyante de la rue Paradis.

    Du haut de ses vingt ans, Mademoiselle Couëdon, ne sait pas encore qu’elle va annoncer la plus terrible catastrophe de cette fin de siècle.

    Dans un état proche de la transe, elle dévoile aux convives, les messages dictés par son guide, l’Archange Gabriel :

    « Près des Champs-Elysées,
    Je vois un endroit pas élevé
    Qui n’est pas pour la pitié
    Mais qui en est approché,
    Dans un but de charité
    Qui n’est pas la vérité.
    Je vois le feu s’élever,
    Et les gens hurler,
    Des chairs grillées,
    Des corps calcinés,
    J’en vois comme par pelletées. »
     »

    Meme si cette « annonce » peut prêter éventuellement à sourire, je suis personnellement bien placée pour savoir qu’il est possible, de recevoir des annonces de ce type environ 2 à 3 mois avant les faits.
    Que l’annonce reste suffisamment vague pour qu’il n’y ait pas de possibilité de changer ou de chercher à interférer dans l’évènement. Le ressenti peut etre vague, mais est suffisamment intense pour qu’il ne puisse être ignoré.

  • 24 juin 2013 à 13 h 52 min
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    Et un personnage très célèbre et populaire sauva de nombreuses vies pendant ce dramatique incendie : Arsène Lupin . Cela est d’ailleurs confirmé dans sa biographie officielle tenue par l’écrivain Maurice Leblanc.

  • 24 juin 2013 à 23 h 07 min
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    Il est vrai que lorsque l’on voit la liste des victimes , on s’étonne du peu d’homme; Est ce le pur instinct de survie qui en situation de stress s’exprime ? L’Homme perdant son humanité pour laisser son animalité le commander ?

    Maître Philippe rappelait qu’on ne pouvait aller à l’encontre de se qui était écrit; Que si on changeait l’histoire, l’obstacle reviendrait sur notre route plus tard, ou sur celle de nos enfants

    Arsène Lupin, qui nous renvoie à Cagliostro, Maurice Leblanc aurait il côtoyé Maître Philippe ?

  • 24 juin 2013 à 23 h 17 min
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    dans l’article et dans les traces que j’ai trouvées sur le net, j’ai lu que les femmes de l’époque, avaient, surtout pour les soirées, de grandes robes larges……pour courir avec…..(testé), ce n’est pas possible
    de plus, les matériaux utilisés ont très vite pris feu.
    le plafond notamment fait d’une espèce de goudron a très vite fondu et s’est écroulé en flammes sur le public

    très mondaine cette vente
    vente comme réservée à la noblesse
    j’ai meme lu que des sous-entendus étaient fait sur l’authenticité, déjà à l’époque, des intentions réelles des organisateurs de cette oeuvre de charité

    les scènes décrites par les témoins expliquent que les gens se marchaient dessus, certains ont chuté et ont été piétinés
    quand il s’agit de sauver sa peau…..

    Par contre, question: je ne vois pas le lien entre Arsène Lupin et Cagliostro….
    mais cette question n’engage que moi

    • 25 juin 2013 à 9 h 04 min
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      D’après les descriptions et compte-rendus, la Bazar de l’Hotel de Ville n’avait rien d’un grand magasin moderne, c’était plutôt un immense hangar contenant différents stands et boutiques, des ventes humanitaires y cotoyaient des démonstrations de cinématographe (c’est d’ailleurs de là qu’est parti l’incendie) et des sortes de tavernes pas toujours recommandables. Toutes les femmes du monde y tenaient boutiques de bienfaisances, ce qui explique le nombre considérable de victimes de la noblesse et de la bourgeoisie.
      Quant au fait de la majorité de femmes victimes, on explique cela que lors de l’incendie, de nombreux hommes se sont enfuis par la force…
      Quant à Arsène Lupin (romans initiatiques) il sauve en avril 1894 la vie de la Comtesse de Cagliostro (née…Joséphine…Balsamo !) et ,devient son amant et complice, elle fait ensuite enlever son fils et mourra en 1918.

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