Sédir Yvon le Loup Un Inconnu

Portrait du Maitre Philippe, un Inconnu par Sédir Yvon le Loup

UN INCONNU

sedir yvon le loup disciple de Philippe de Lyon www.philippedelyon.frPour sublimes qu’elles soient, les figures que nous venons de contempler ensemble peuvent ne pas satisfaire tout à fait certains amateurs d’Absolu. De celle-ci le langage peut-être un peu sec et l’attitude un peu rigide déçoivent les amis d’une grâce plus proche de la commune faiblesse; celle-là, fixant ses regards sur une cime, devient aveugle aux éblouissements des sommets voisins; une autre se retire trop à l’écart de cette foule piétinante et pitoyable où nous vivons; ou bien l’atmosphère enivrante de certaines altitudes l’a mise hors d’elle-même et, lorsqu’elle redescend vers nous, son exaltation nous déconcerte.
Le pain des Anges serait-il un trop riche aliment et l’eau des fontaines éternelles un breuvage trop fort ? Non. A l’encontre de l’opinion générale, je suis certain qu’il est possible de se maintenir dans l’aisance intérieure la plus harmonieuse, tout en s’imposant le plus rigoureux ascétisme. Je voudrais vous présenter ce soir la preuve de ce paradoxe que je me permets d’affirmer que j’ai eu, durant une longue période, le bonheur de voir vivre un homme qui, sans effort apparent, réalisait la perfection de l’Évangile. C’est une entreprise ardue que de peindre une personnalité aussi rare et aussi complexe ; je resterai certainement au-dessous de ma tâche; mais, je l’espère, ce même désir de joindre la beauté spirituelle, qui m’ordonne une entière franchise et qui nous anime tous, vous comme moi, suppléera aux lacunes et aux maladresses de mon récit.

Échappant aux curieux, refusant les polémiques, muet sous les calomnies, imposant silence aux enthousiasmes de ses disciples, l’être admirable dont je voudrais vous rendre sensible l’émouvante lumière prit toujours toutes sortes de précautions pour demeurer inconnu. Je croirais desservir ses desseins en dévoilant son identité. Les détails de biographie deviennent inutiles lorsqu’il s’agit d’un caractère à la formation duquel aucune des influences de race et de milieu ne paraissent avoir concouru. Jamais d’ailleurs je n’aurais entrepris la présente étude, si je ne m’étais cru obligé d’offrir un témoignage véridique de la constance des promesses divines, dans une époque où toutes les chimères revêtent de si séduisantes couleurs.
Peut-être quelques âmes inquiètes reprendront elles courage si un de leurs compagnons leur affirme que les promesses du Christ sont réelles parce qu’il en a vu et touché les preuves expérimentales.
Ce Christ Notre Seigneur a dit un jour qu’Il donnerait à ses Amis le pouvoir d’accomplir des miracles plus grands que les Siens; j’ai vu ces accomplissements.
Le Christ dit encore à Ses Amis qu’Il demeurerait avec eux jusqu’à la fin; j’ai vu cette présence cachée. La vie de mon Inconnu n’est qu’une suite de telles preuves; par le peu que je peux vous en dire vous reconnaîtrez en lui, je l’espère, un de ces « frères » mystérieux du Seigneur, un des plus grands, le plus grand peut-être, des hérauts de l’Absolu.

Il fallait une observation attentive pour découvrir chez cet homme les privilèges divers des mystiques célèbres, tant sa personnalité les harmonisait avec mesure, tant ses manières étaient simples et comme oublieuses des plus magnifiques prérogatives. La bonhomie toute patriarcale de son accueil et de son langage, même dans des minutes qui paraissaient graves au jugement commun, montrait combien à ses yeux les grandeurs humaines, les tragédies terrestres sont petites en face des oeuvres de Dieu, dont la splendeur immense et toujours nouvelle absorbait ses regards. En imaginant un être capable de se tenir en équilibre sur tous les points par où l’infini rentre dans le fini, on s’éclaircirait les contradictions que notre personnage accumulait comme à plaisir.

Familier avec la plupart, inaccessible à quelques-uns, téméraire et prudent, méticuleux ou hâtif, parlant en poète tour à tour et en homme d’affaires, connaissant une infinité de secrets et insoucieux de sa science, habile à tous les métiers, sensible aux choses de l’art, respectant les suprématies intellectuelles ou sociales tout en laissant sous-entendre qu’elles sont vaines en face du Crucifié; d’une indulgence pour les autres et d’une rigueur pour lui-même également excessives; se laissant tyranniser par les faibles, quoique sachant faire obéir les plus despotiques; aussi bien à l’aise dans la mansarde et dans le palais, parlant à chacun son langage; multiple enfin comme la vie dont il admirait toutes les richesses et constamment semblable à lui-même, comme son maître, le Christ, dont il s’estimait le plus indigne serviteur.

Fils de paysans fort pauvres, aîné de cinq enfants, on l’envoya très tôt à la ville prochaine, où il sut, tout en gagnant sa vie, poursuivre assez loin ses études. Déjà, au village natal, il avait opéré des guérisons miraculeuses sans autre procédé visible que la prière; dans le grand centre industriel où s’écoula presque toute son existence, les incurables, les miséreux, les désespérés connurent vite ce bienfaiteur discret dont la jeune sagesse leur rendait, avec la santé, le courage et la résignation si nécessaires aux petites gens dont les fatigues obscures soutiennent tout l’édifice social.

On lui demandait toutes sortes de choses autres que guérir; le succès d’une démarche, la réussite d’une entreprise, la sauvegarde d’un soldat, la solution de problèmes techniques, l’éclairement d’une crise d’âme; souvent, en retour, il exigeait que le demandeur indemnise en partie la justice divine par une aumône, par une réconciliation, l’abandon d’un procès, l’adoption d’orphelins. Et le miracle, la chose improbable et impossible, avait lieu sans bruit, sans que l’on puisse démêler comment. Tout ce que les témoins purent jamais savoir, c’est que notre thaumaturge condamnait les pratiques de l’ésotérisme comme contraires à la loi divine, ne les employait sous aucune forme et n’en recommandait pas les théories.

Sa doctrine était l’Évangile seul, et il n’estimait les livres qu’en proportion de leur concordance avec cet enseignement. Il proclamait la divinité unique de Jésus, Sa souveraineté universelle et la perpétuité de Son oeuvre rédemptrice. Il acceptait à la lettre les récits des Apôtres, tenant pour superflues les exégèses modernes. « Si l’on s’efforce, disait-il, d’aimer son prochain comme soi-même, le Ciel nous dévoile le sens vrai des textes ». Il donnait parfois de brefs commentaires aux Écritures, d’un tour neuf et vivant et qui offraient la propriété singulière de répondre d’un coup aux variantes des originaux et de concilier les divergences des traducteurs et des commentateurs. Malheureusement, comme il jugeait ses contemporains trop épris d’intellectualisme, comme il croyait la pratique de la vertu seule capable de nous conduire à la perfection, il se montrait peu prodigue de discours; il plaçait l’amour fraternel avant tout, avant la prière et même avant la foi.
« C’est la charité, disait-il, qui engendre la vraie foi et qui nous enseigne la prière; la prière sans la charité, c’est facile, et la foi sans la charité, ce n’est pas la foi ».

Il conseillait l’obéissance à toutes les lois, civiles ou ecclésiastiques, aux règlements, aux coutumes, afin qu’en donnant de bonne grâce à « l’injuste Mammon » l’or ou les gênes qu’il exige, notre trésor dans le Ciel se constitue en réserve.
« Les débonnaires dont parle Jésus sont ceux qui se laissent tout prendre par le Prince de ce monde, même le salaire de leur travail, même leur vie. Et c’est en retour de ce dépouillement que, plus tard, ils posséderont la terre ».

Il condamnait par-dessus tout l’orgueil et l’égoïsme; ou plutôt, il ne condamnait pas ces défauts, il les signalait comme les plus grands obstacles à notre avancement.
« Les orgueilleux, disait-il, le Ciel les ignore ».
– « Si vous n’allez pas vers les pauvres et les petits, comment les Anges viendront-ils auprès de vous ? »
– « Il faut que l’on exerce la charité envers toutes les formes de la vie, envers ses semblables, envers les animaux, envers les plantes; il faut être charitable envers l’adversité que votre voisin repousse, envers les découvertes et les inventions que vous devez répandre gratuitement, puisque vous les avez reçues gratuitement, envers les lois qui vous frappent, croyez-vous, injustement, puisque, si vous les évitez, elles tomberont sur votre frère et que votre frère, c’est vous-même ».

A la suite des bonnes oeuvres et de la discipline intérieure, ce grand praticien du mysticisme plaçait la prière.
« Il faut prier sans cesse et remercier. On peut prier n’importe où, n’importe quand, parce que Dieu n’est jamais loin de nous, c’est nous qui nous tenons loin de lui… Il suffit de demander du fond du coeur, sans formules savantes, car chercherait-on partout, dans les millions de mondes et de soleils semés par la main du Père, jamais on ne trouvera mieux que l’Oraison dominicale; et si vous n’osez vous adresser à ce Père si bon, priez la Vierge et elle présentera votre requête à son Fils, qui l’acceptera.

Cependant, ajoutait notre héros, pour que votre voix monte jusqu’au Ciel, il faut être tout petit, le Ciel n’écoute que les faibles ».
Ces simples enseignements, si purs, si directs, cette parole forte et bonne, précise à la fois et palpitante de la poésie la plus grandiose, cachaient, à la grande surprise de quelques-uns, une science très concrète et pour ainsi dire universelle. Cet homme, dépourvu de diplômes supérieurs, mettait en défaut les spécialistes de tout ordre. Je l’ai entendu, par exemple, rappeler à des gens de loi tels arrêts oubliés, éclaircir un texte à des paléographes, fournir un dispositif à des physiciens, indiquer à des botanistes le lieu d’une plante rarissime. Des métaphysiciens le consultaient, comme des médecins ou des industriels engagés dans une affaire hasardeuse. Des hommes d’État, des financiers prenaient parfois ses directives. Lui-même composait des médicaments, inventait des appareils et des produits utiles, s’ingéniant sans cesse pour toutes sortes d’améliorations à la science appliquée.

Or ni ses connaissances théoriques, ni cette habileté technique ne paraissaient acquises par les méthodes ordinaires; les deux ou trois familiers qu’il admettait dans ses laboratoires n’ont jamais raconté grand-chose de ses travaux. Mais certaines paroles permettent d’entrevoir les principes dont il s’inspirait. En voici quelques-unes recueillies à différentes époques.
« Un enfant de Dieu, un être assez pur pour se sacrifier à n’importe lequel de ses frères et pour oublier aussitôt son sacrifice, connaît tout sans étude. Il interrogera n’importe quelle créature et elle lui répondra; l’étoile lui révélera son secret, et la pierre de ce mur lui dira le nom de l’ouvrier par qui elle fut taillée; les plantes lui expliqueront leurs vertus et il déchiffrera sur le visage des hommes leurs actions et leurs pensées. Dieu nous invite tous à recevoir ce privilège, moyennant de la patience et l’amour du prochain ».
– Et encore : « Tout possède la pensée, la liberté, la responsabilité, en diverses mesures; tout est vivant; les idées, les choses, les inventions, les organes, tout cela, ce sont des créations individuelles, tout cela se touche, tout cela s’influence mutuellement ».

Maitre Philippe de Lyon site www.philippedelyon.frEntre autres exemples, il donnait celui-ci : Un philosophe poursuit une vérité métaphysique. Le vrai drame ne se joue pas dans son cerveau même, mais au delà; c’est une rencontre, parfois une lutte, parfois un céleste dialogue entre quelqu’un de ces génies irrévélés dont nous parlent les poètes et l’esprit humain qui habite momentanément un corps terrestre, tout oppressé sous les effluves de la Présence inconnue. C’est le reflet cérébral de ces colloques inaudibles que l’on appelle intuition, inspiration, invention, hypothèse, imagination, et qui devient le noyau autour duquel s’organisent, par un pénible et patient effort, les éléments d’une formule, d’une machine, d’un art plus sublime, d’une doctrine plus profonde. Si nous sommes aveugles à ces spectacles, c’est que nous ne les croyons pas possibles, par orgueil, par pusillanimité intellectuelle, et aussi parce que le Père ne veut pas compliquer notre besogne ni nous charger de trop lourdes responsabilités.

Si toutes les branches du savoir moderne paraissaient familières à ce singulier chercheur, chose plus surprenante encore, quand il m’arriva de le questionner sur certaines de ces opinions antiques que l’on qualifie à notre époque de superstitieuses, il me répondit abondamment et me fournit diverses preuves expérimentales de leur vérité. Bien avant nos physiciens actuels, il enseignait la pesanteur de la lumière, les correspondances des couleurs et des sons, la chromothérapie, la relativité de l’espace et du temps et la multiplicité de leurs formes, la complexité des corps simples, l’existence de métaux inconnus, d’autres particularités encore que je tais parce qu’elles sembleraient à l’heure actuelle un peu trop incroyables aux esprits positifs.

Or ce chrétien, ce philanthrope, ce savant était en outre le thaumaturge le plus extraordinaire. Toutes les merveilles opérées par des saints comme Vincent Ferrier, François de Paule, Joseph de Cupertino, le curé d’Ars, par des volontés entraîneuses de peuples comme Bernard de Clairvaux, François d’Assise ou Jeanne d’Arc, je les lui ai vu accomplir; les miracles fleurissaient sous ses pas; ils semblaient naturels, immanquables, certains, et rien d’autre ne les provoquait que la prière.
Hypnotisme, pensera-t-on ? Un enfant atteint du croup à quarante lieues de la ville où habite le guérisseur est-il hypnotisable ? Suggestion ? Des tissus cancéreux, tuberculeux, peuvent-ils recevoir une suggestion ? Au reste, notre inconnu condamnait également l’hypnotisme, la sorcellerie campagnarde ou la savante magie; il déconseillait toujours l’emploi de la volonté, ou de la médiumnité; quant aux pouvoirs mystérieux que certains sages conquièrent, nous dit-on, par le moyen de méthodes millénaires, il les réprouvait plus fortement encore, comme conduisant tout droit à l’Antéchrist.

Il ne s’agissait donc là que de simple prière telle que Jésus nous l’apprend. Mais tandis que, dans l’immense majorité des cas, les saints reçoivent le don des miracles à la suite de pénitences extraordinaires, d’oraisons et d’extases, tandis que leur corps devient le théâtre de phénomènes inexplicables à la physiologie, notre thaumaturge vivait de la façon la plus commune. Il recevait ses visiteurs n’importe où, n’importe quand, et, à peine la demande formulée, répondait quelques mots : Le Ciel vous accordera telle chose; ou : Rentrez chez vous, votre malade est guéri. Sa parole se réalisait à l’instant même; puis il se dérobait à la gratitude de ses obligés.
Il exerçait le même pouvoir et sans plus d’apprêts sur les animaux, sur les plantes, sur les événements, sur les éléments.

A plusieurs reprises, il se prêta au contrôle de médecins et de savants; toutes ces épreuves réussirent, mais on peut fouiller les comptes rendus des académies et des sociétés scientifiques, jamais aucun expérimentateur n’osa signer le récit de faits aussi peu explicables.
Parlerai-je d’autres dons encore, toujours spontanés, inattendus et bienfaisants ? Le passé, l’avenir, l’espace lui étaient translucides. Il disait aussi bien à un consultant : Ton ami fait en ce moment telle chose en tel endroit, – qu’à un autre : Tel jour de telle année, tu as eu telle pensée. Au surplus, les anecdotes que je pourrais vous raconter dépassent de si loin toute vraisemblance que je préfère m’en tenir là. Un prodige, en effet, vaut, spirituellement, ce que vaut son auteur.
Certes le don des miracles intéresse la foule et conduit vite à la célébrité, mais c’est l’âme du miracle qui, bien plus que sa forme, passionne les esprits religieux. Je voudrais donc vous attacher uniquement à l’âme de mon héros, vous la faire voir telle qu’elle m’apparut dans ma jeunesse privilégiée, toute surhumaine, toute divine, comme une étoile enfin, fille de celle qui se leva sur les ténèbres terrestres, voici vingt siècles. Si, en m’écoutant, vous cherchez autre chose que le Ciel, tout mon récit devient inutile et inopportun.

Etre témoin de miracles n’est pas très rare; faire des miracles, de vrais miracles, n’est pas très difficile. Mais penser, aimer, sentir, peiner, s’enflammer, vouloir selon des lignes constamment concordantes avec les rayons éternels qui aboutissent au ministère du miracle, cela, c’est une tâche surhumaine. Dans ce sens, le miracle venu du Ciel constitue un signe, le Signe par excellence, et apparaît ici l’arbre de la Croix, encore mystérieux après vingt siècles d’études et d’adorations. Voyez-vous comment, chez l’homme dont je vous parle, guérir une typhoïde était aussi naturel que payer le terme d’un pauvre, ou donner la formule d’un réactif ? Tout en lui était paternelle indulgence et native bonté. Tout de lui était exhortation ingénieuse et tendre, afin que les pauvres hommes et les pauvres femmes reprennent le courage d’un effort quand même et reçoivent l’allégement d’une amélioration. Comme le peintre devant la nature regarde et comme le musicien écoute, lui vivait dans l’Amour et pour l’Amour, à cause de l’Amour et par l’Amour.

Il ne parlait jamais de cette flamme admirable, il cachait son savoir et cette sorte de toute-puissance déconcertante sous les dehors d’une vie très bourgeoisement quelconque. Il dissimulait vertus et supériorités comme nous dissimulons nos vices, et il fallait le suivre tout le long de ses longues courses dans les faubourgs populeux pour découvrir l’excès de ses libéralités. Mères de famille aux abois le guettant au coin des rues, ménages par dizaines dont il payait le loyer, orphelins qu’il entretenait, et de quelles attentions n’entourait-il pas les vieillards et les infirmes, avec quelle délicatesse il offrait son secours aux timides et aux humbles, combien il était patient avec les importuns, avec les demi-savants prétentieux, avec le triste troupeau des médiocres !

Et autant que notre coeur, à peine encore humain, peut pressentir les mobiles secrets d’un coeur si noblement surhumain, les innombrables gestes de sa bénévolence, de son inépuisable et toujours judicieuse bienfaisance jaillissaient d’un sentiment incompréhensible pour nous : la conviction de sa propre inanité. Un jour, quelqu’un demandait une faveur spirituelle à ce personnage énigmatique, et il répondit, après avoir, la minute précédente, sauvé quelque incurable :
« Pourquoi me demandes-tu cela, à moi ? Tu sais bien que je ne vaux même pas ce pavé sur lequel nous marchons ». A tous les témoignages de reconnaissance ou d’admiration, il répondait de même :
« Je ne suis rien, je ne puis rien, c’est le Ciel qui fait tout ici ».
Un jour, je le trouvai dans sa cuisine, debout, déjeunant d’un morceau de pain sec et d’un verre d’eau, et, comme je m’étonnais de sa frugalité, cet homme, qui ne s’appartenait pas une minute, qui donnait tout ce qu’il possédait, qui passait ses jours et ses nuits à travailler, à souffrir pour les autres, me répondit bonnement :
« Mais je déjeune très bien, et, d’ailleurs, ce pain que le bon Dieu me donne, je ne l’ai pas gagné ». Il ne se départait jamais de cette attitude incroyablement humble. Dans notre vie moderne où règne le « chacun pour soi », il reculait toujours au dernier rang, subissant les passe-droits, les impatiences, les grossièretés, jouant le rôle de dupe volontaire et souriant comme s’il ne s’apercevait jamais de rien.

On lit dans de vieux livres que les sages, à force de s’abstraire aux sereines splendeurs de l’Absolu, ne daignent plus voir les incidents terrestres et méprisent les piqûres de la foule; cependant, en fait, les philosophes sont rares qui laissent prendre leur tour à un guichet encombré, par exemple. Petites faiblesses, sans doute, mais la solide vertu exige davantage qu’un héroïsme accidentel. On rencontre des gens capables de beaux gestes isolés dont le fond moral reste un peu mesquin et, d’accord avec les maîtres de la vie intérieure, je crois que la perfection ne réside pas en quelques actes éclatants, mais plutôt en vertus patiemment exercées tout le long du jour et tout le long de l’existence. Ainsi, l’humble tenue de notre mystique doit nous découvrir la Lumière mieux que ses miracles ou ses enseignements. « Jugez l’arbre à ses fruits », est-il écrit.

Les sages dont j’ai parlé tout à l’heure ne m’apportent qu’un idéal lointain, toujours reculant derrière des précipices ou des falaises; leurs systèmes présentent toujours des fissures; leur élan, quelque beau qu’il soit, se perd dans l’abstraction, et leurs fortes mains laissent échapper la vie, comme le sable de la grève coule entre les doigts du petit enfant.
Tandis qu’avec cet homme si proche de nous tous, on embrassait du même regard l’idéal avec le réel, la théorie avec la pratique, le divin s’insérant dans le terrestre, et tout cela ensemble dessinait la plus vivante image de ce que durent être autrefois les leçons vivantes de Notre Seigneur le Christ. Aucune tare, aucun déséquilibre dans la personne morale de ce parfait Serviteur; constamment homogène, solide et souple, il apparaissait unique par l’harmonie profonde de ses qualités les plus diverses.

L’histoire des saints nous montre des thaumaturges merveilleux, des intelligences gigantesques, des coeurs flamboyants; mais, chez les uns, le souci des pauvres, par exemple, gêne l’envol de la contemplation. Chez d’autres, le don des miracles empiète sur celui du savoir; très rarement trouve-t-on toutes ces beautés réunies, comme chez notre héros; encore plus rarement leur force éclate-t-elle avec une telle absence d’effort. Nous voyons les plus sublimes théologiens méditer, les plus puissants conducteurs d’âmes veiller, jeûner, pleurer. Mais lui, toujours semblable à tout le monde, guérissait, renseignait, secourait, consolait, à l’instant, de la même voix si calme, avec le même sourire si paternel.

Je ne puis appuyer toutes ces affirmations que de mon seul témoignage. D’autres ont assisté aux mêmes merveilles, mais ils ont des motifs pour se taire; moi, j’en ai pour parler. Je ne vous demande cependant pas de me croire. Imaginez-vous seulement que ces choses sont peut-être possibles; cela me suffit. L’acceptation de cette hypothèse vous rendra plus tard sensibles à la Lumière, et mon but sera atteint. Car je ne parle pas pour rendre justice à un être qui ne se souciait pas de la justice terrestre; c’est pour vous seulement que je parle, pour votre avenir, pour que vous trouviez le courage dans vos minutes d’épuisement d’avancer quand même encore un peu.

Ce Français, si semblable à ses compatriotes et à la fois si différent, était de taille moyenne et de complexion athlétique. Rien dans son costume, ses manières, ni son langage ne le distinguait de la foule.
Il vivait comme tout le monde, sauf pour les heures du sommeil, qu’il supprimait presque entièrement. Marié assez jeune, il avait eu une fille et un fils.
D’une activité incessante, ni son corps, ni son cerveau ne paraissait connaître la fatigue. Tous ses moments étaient remplis; recherches chimiques et mécaniques, fondations d’assistance que géraient des amis, réformes sociales qu’il faisait soumettre aux autorités, inventions qu’il donnait à quelque besogneux, sans cesse toutes sortes de bienfaits, mais toujours en se cachant.
Il n’aimait pas les discours; si compliqué que pût être le cas sur lequel on le consultait, il répondait en quelques mots définitifs. Il enseignait fort peu, sauf par de brefs aperçus qu’il donnait aux chercheurs humbles et sincères; pas de corps doctrinal coordonné, mais, à la longue, les lueurs sans lien apparent que l’un ou l’autre disciple recueillait avec patience finissaient par s’organiser en correspondance avec le tour d’esprit, les besoins, les travaux propres de chacun; il instruisait les individus et leur donnait en somme tout le nécessaire pour qu’ils se construisent leur système personnel, mais il ne promulgua jamais une synthèse générale du Savoir. L’action le préoccupait beaucoup plus.
« L’homme, disait-il, qui aimerait son prochain comme lui-même saurait tout ».

Un réalisme total où les abstractions même deviennent des faits, où toutes les minutes de la durée deviennent actuelles et toutes les distances présentes, voilà quelle figure prenait pour notre mystique le monde sensible et l’invisible. Affermi dans l’insondable mais vivante Unité dont les extases des saints nous rapportent quelques rapides éclairs, cet ami de Dieu distribuait sans cesse sur les choses et sur les créatures les semences régénératrices de l’Esprit.
Vous le savez, de siècle en siècle la lampe éternelle se transmet par les mains pieuses des ouvriers secrets du Père, s’efforçant de parachever l’oeuvre du Christ. Or Celui-ci, possesseur de toute magnificence, seigneur de toute créature, S’est placé au bas de toutes les grandeurs temporelles, Il a épousé toutes les formes de l’abjection; pauvre de biens, pauvre de gloire, pauvre d’amis, Il donna aux hommes jusqu’à Sa Mère et, du fond de ce dénûment parfait, partit à la conquête du monde. Chacun de Ses disciples doit donc reproduire un des visages de la divine Pauvreté selon la ténèbre propre de l’époque où l’Esprit le suscite.

Or en notre temps de progrès, où les infirmes ont leurs hôpitaux, les miséreux, leur Assistance publique, les orphelins, leurs asiles; où, officiellement, il n’y a plus d’esclaves; où, parce que personne n’est guère convaincu de rien, on ne persécute presque plus, le visage de la Pauvreté que revêtit mon héros anonyme fut de n’être rien. Rien : ni mendiant pitoyable, ni malade effrayant, ni philanthrope célèbre, ni chef d’école persécuté, ni hors-la-loi pourchassé, ni en haut de l’échelle sociale, ni en bas; juste au milieu, au milieu de tout, au point neutre. Quelqu’un « semblable à l’un de nous », et qui réalise devant l’opinion la forme la plus incolore du dénûment : la médiocrité. Telle fut, pour notre dix-neuvième siècle, l’invention admirable de la miséricorde divine, puisque cette insipide médiocrité servira d’excuse au dernier jour à ceux qui n’ont pas aperçu la Lumière parce que la lampe était banale; tel fut le subtil stratagème de la Sagesse divine, se dérobant aux curiosités des pervers grâce à l’insignifiance de la forme humaine par qui elle opérait.

Un dernier mot, enfin.
Jésus le Pauvre est Jésus le Patient. Il souffre, Il subit, Il Se résigne, Il persévère, Il obéit et Il Se tait. Ses Amis, Ses frères et Ses héritiers vivent donc sans éclat, perdus dans la multitude pour laquelle ils acceptent de souffrir et qui les ignore; plus ils sont grands devant Dieu, plus ils sont méconnus, plus ils restent inconnus. Ainsi notre siècle, où rien ne peut rester caché, ignore cependant l’homme dont je vous parle, qui tenait tout dans ses mains pour traîner la foule après soi. Ainsi notre siècle, par la voix de quelques-uns de ses grands, a bafoué, calomnié, vilipendé ce même homme, des fatigues secrètes duquel il profitait; et ce sauveteur de tant de naufrages n’ouvrit jamais la bouche pour se défendre, ne permit jamais à ses fidèles de confondre les persécuteurs, gagnant ainsi le droit de redire la divine demande du Crucifié : « Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent ce qu’ils font ».
Et c’est parce que je trouve en cet Inconnu la ressemblance la plus parfaite avec le Christ, victime volontaire, qu’il m’a semblé utile de vous en esquisser la physionomie.

Sédir Paul Sédir, Yvon Le loup
Extrait d’un livre figurant dans la bibliographie

Un certain nombre d’éléments étonnants émaillent ce texte… Vous êtes invités à en discuter, dans la plus notable courtoisie et néanmoins le plus évident des respects.

Dans l’erreur depuis 1905

lecteurs dans l'erreur site Maitre philippe de lyonLes lecteurs des livres sur Philippe de Lyon, sont dans l’erreur depuis 1905….
Cette publication, en date du 3 mais 2015, est issue, à quelques mots près, depuis un commentaire, du 31 janvier 2015, véritable coup de poing, établit notamment suite aux nombreux reproches reçus par ce site, mais aussi suite à une publication dans une revue…

Ce site, à sa création n’avait d’autre motivation que de publier des phrases, des citations, ou méditer sur des paroles. Certes, naïvement, mais telle était l’intention. Cela se lit dès le premier article: avoir un ange gardien
Ce n’était pas méchant.
Pourtant il a reçu des menaces et des critiques, qu’il reçoit encore aujourd’hui. Pourquoi? parce qu’il est question de Monsieur Philippe.
Un site internet, si si, sur lequel vous lisez ces mots, avec en plus la possibilité de participer, ose parler, ose évoquer une telle personnalité……
Or, personne, enfin presque, ne devrait parler sur le sujet de Philippe de Lyon…
Les critiques émanent, qui plus est, de personnes ou de groupes ayant un site évoquant très clairement le Maitre Philippe… Seulement ces sites peuvent, ils prônent la discrétion, mais eux ont le droit, on ne sait pas à quel titre d’ailleurs, mais ils ont le droit de parler de Philippe…En plus, ils publient ce qui est affiché dans les livres…!!! ….lire les articles depuis novembre 2013 pour comprendre cette allusion
Aujourd’hui, ces critiques sont reçues avec le recul provoqué par les publications des mois qui viennent de s’écouler.

Malgré les articles, les preuves, les sources citées clairement et affichées tout aussi visiblement, ce site fait encore en effet aujourd’hui, l’objet de sarcasmes, de la part de ces memes personnes, qui avec un manque de tact des plus notable, mélangent ce site, à nombre de publications, de toutes natures.

Les auteurs de ces quolibets n’ont manifestement pas compris comment fonctionne internet.
Merci à cette récente publication dans une revue, qui a permis des visites à des personnes qui ont pu venir sur place, se rendre compte du sérieux des écrits et des recherches.

Au fait, avant que j’oublie….Ce site n’est pas un forum et n’en a jamais été un. C’est un blog, dans le seul sens où il permet une interactivité, donc une participation de la part des visiteurs.
Mon expérience d’internet m’a poussée tout à fait logiquement à proposer des participations sur des méditations autour des paroles de Philippe de Lyon.
Quoi de plus naturel?
Dans ces memes propos irrespectueux du travail accomplit, il a été aussi mélangé à des pages Facebook…..Or ce site a certes, une page Facebook… comment est possible ce sacrilège??? Philippe de Lyon sur Facebook??? je fais un gros effort pour rester correcte….vous voyez ce que je veux dire…. qui ne publie que dans le plus grand respect de Monsieur Philippe, le plus souvent, les articles qui viennent d’être publiés sur ce site.
Il n’y a aucune raison que la page se dénote du contenu du site. Il serait un minimum correct de ne pas mélanger là aussi avec les autres pages, qui publient ce qu’elles veulent, et dont le contenu n’a rien à voir tant avec la page qu’avec ce site.

Ce site lui n’a rien demandé, n’a rien cherché. Je crois que cela se lit dès les premiers articles.

Or, sans avoir rien à chercher, les éléments sont venus, petits à petits, les lectures, plus les relectures des livres ont amené à réaliser que bien des choses sur Monsieur Philippe ne pouvaient pas s’être déroulées, comme elles s’affichaient pourtant sur nombre de livres.

Le site a alors démontré, à longueur d’articles et de commentaires, à quel point, les lectures un peu sérieuses des ouvrages montrent des données et des faits, qui ont été manipulés à un moment ou à un autre.
Qui a fait quoi, qui a participé, qui a ajouté, a enlevé……On ne sait pas, et presque peu importe, tant l’ensemble fait ressortir d’invraisemblances.

Avant même de regarder les recensements et les documents d’état civil, bien des données, au moins, ne tiennent pas la route.
Cela a aussi été dit en commentaires ; sans oublier qu’il a été fait allusion à bien des manipulations

Il est dommageable, voire déplorable, de laisser les lecteurs d’un livre notamment, devenu une véritable bible pour bien des personnes, dans une telle erreur.
C’est malencontreusement en plus, de loin le livre le plus lu…..Il dit n’importe quoi, mais personne ne s’en est rendu compte, et c’est le plus lu ; une véritable Bible vous dis-je!
Certaines pourtant, sont dans une quête légitime de paroles pouvant les aider. Pas besoin de le nommer plus que les autres, alors qu’il a été démontré ici qu’il est truffé des mêmes désinformations que les autres……
D’ailleurs, certaines personnes n’ont de connaissance de Philippe de Lyon, que par cet ouvrage. Peut être meme ont-ils lu qu’il y en avait pour des siècles de lectures et de travail à le découvrir….On peut avancer qu’il vaudrait même mieux ne pas insister….Puisqu’à peu près rien ne tient la route.

Prendre de la distance, une très grande distance avec ces écrits est indispensable. Ce site n’en avait pas l’intention, comme je viens de le préciser, mais les faits sont ainsi présentés, que les articles et les commentaires ont pu prouver les dysfonctionnements et les manipulations évidentes de certaines données.

Les découvertes, les articles, les enquêtes, les analyses n’empêchent nullement de respecter Monsieur Philippe, comme de respecter celui ou celle qui voudrait le découvrir.
Aujourd’hui, quand je reçois une demande de conseils pour un livre……je mets d’énormes distances, et je considère que ce n’est pas normal du tout. Je ne peux pas conseiller un livre….L’un des derniers qui a beaucoup de paroles, contient aussi un règlement de comptes. Le tout sur le dos de Maitre Philippe.

Ce thaumaturge a commis des guérisons exceptionnelles, nous n’en doutons pas. Mais la façon dont les humains ont traité le sujet, à travers des manipulations, des actes ineptes, devient choquante.
Nous lisons dans un passage d’un livre, que l’hôte du narrateur déplore une mauvaise interprétation entraînant une mauvaise compréhension et diffusion d’un passage de la Bible. On peut avancer aujourd’hui, qu’il en est de même pour tout ce qui touche à Monsieur Philippe.

Même les documents, comme ceux réunis au fond Encausse, de la Bibliothèque Municipale de Lyon ont été emportés par les consultants…Il n’en reste presque rien aujourd’hui. Quel écœurant constat. Il n’est alors pas difficile de dire que l’on détient des secrets….Quel choquant bilan. Quelle indignation sur le dos de Nizier Anthelme Philippe.

Il n’est pas impossible que ce commentaire devienne un article, c’est chose faite sur cette publication, tant certaines attitudes ont dépassé les bornes, aussi bien pour l’irrespect évident marqué envers ce site, que pour les lecteurs des livres.

J’espère que se lit ici une immense déception quant à un tel tableau.
L’admiration pour les faits et paroles de Philippe de Lyon est restée intacte.
Cette mise au point, n’en doutez pas, ne sera pas la dernière.
Attention donc à toute publication, sur quelque support que ce soit.
L’évolution de ce site, comme celle des enquêtes donne à penser que les différents composants de cette aventure sont sur la bonne Voie.
Je confirme aussi que ce site n’a aucune vocation publicitaire que ce soit, envers quelque produit ou support que ce soit.
La neutralité défendue dans les articles et commentaires permet de ne plus nécessairement évoquer de titres de livres en particulier, et encore moins d’auteurs.

Philippe de Lyon appelé Maitre Philippe de son vivant

philippedelyon.fr Mr Philippe appelé Maitre Philippe de son vivant portrait Philippe de LyonMaitre Philippe de Lyon n’a jamais été appelé « Maitre » de son vivant par ses disciples, et pas uniquement par ces derniers comme nous allons le voir, mais aussi par une partie des personnes l’ayant approché.

Certes ici-même, dans les premières publications, nous avons avancé que jamais Monsieur Philippe n’avait été appelé Maitre durant son existence.
Eh bien c’est tout à fait inexact.

Ce site a débuté en ayant lu les premiers livres, mais pas si attentivement que cela manifestement. Nous trouvons en effet un certain nombre d’éléments qui ne peuvent prêter à confusion sur ce sujet en particulier.
Pour une fois que nous avons à notre disposition, une donnée dont tous les éléments nous apportent la preuve de l’authenticité, nous aurions tort de bouder notre plaisir.

Pour énoncer une des définitions émises par plusieurs éminents hermétistes, nous choisissons de débuter en citant Papus, dont certains extraits de la conférence de juin 1912, consacrée à son approche du terme de « Maitre », sont publiés par l’auteur d’un des premiers livres consacrés à Philippe de Lyon. Nous trouvons dans ces quelques mots, un aperçu de ce que représente le Maitre spirituel, rapportés par le fils de Gérard Encausse, Philippe Encausse:

« Le Maître proprement dit, celui qui, seul, a véritablement droit à ce titre celui qui est chargé d’évoluer les facultés spirituelles de l’humanité, qui fait appel à des forces que bien peu comprennent et dont la puissance est extraordinaire. C’est le Maître spirituel, selon l’expression même de Papus, celui qui a été nommé le Maître inconnu par Marc Haven dans son très bel ouvrage consacré à « Cagliostro » et l’Homme libre par Paul Sédir dans ses émouvants commentaires sur l’Evangile. C’est de lui que Sédir a dit dans une de ses conférences : Mais lorsque le Maître paraît, c’est comme un soleil qui se lève dans le coeur du disciple ; tous les nuages s’évanouissent ; toutes les gangues se désagrègent ; une clarté nouvelle s’épand, semble-t-il, sur le monde ; l’on oublie amertumes désespoirs et anxiétés ; le pauvre coeur si las s’élance vers les radieux paysages entrevus, sur lesquels la paisible splendeur de l’éternité déploie ses gloires ; plus rien de terne n’assombrit la nature ; tout enfin s’accorde dans l’admiration, l’adoration et l’amour. »

et, dans le même temps, toujours dans le meme propos…:

Il est dangereux de se laisser appeler « Maître », parce que, outre l’évocation des êtres d’orgueil qui veillent autour de nous, cela donne à celui qui accepte ce titre la responsabilité de toutes les fautes commises par ses soi-disant disciples

Ainsi votre serviteur, qui n’est réellement qu’un pauvre soldat dans cette armée n’ayant même pas pu y obtenir les galons de caporal, est désagréablement impressionné chaque fois qu’on lui envoie par le nez le titre de « Maître »

Je me console en me figurant que je fais un voyage en Italie. Dans ce charmant pays, on vous donne un titre nobiliaire selon la valeur du pourboire que vous distribuez aux employés (les trains ; pour 50 centimes, vous êtes chevalier : pour 1 franc, vous êtes duc ou excellence ; et pour 5 francs, vous êtes au moins prince. Le nombre de Maîtres qui sont maîtres, comme le voyageur en Italie est prince, est tellement grand sur terre, surtout dans les centres intellectuels, que le véritable Maître a raison de rester inconnu. »
Nous pourrions presque attribuer ces dernières phrases à Monsieur Philippe…..

philippedelyon.fr appelé Maitre de son vivant portrait PapusCette présentation, qui ne sera peut-être prononcée qu’une seule fois, à l’occasion d’un discours, en 1912, donc bien après le décès de M.Philippe, en 1905, ne laisse cependant pas de doutes sur une des nombreuses expressions de la part de Gérard Encausse pour évoquer la personnalité de Nizier Anthelme Philippe, pour lequel il n’a eu de cesse de manifester son admiration. Comme nous allons le voir, ce « Balzac de l’occultisme », comme plusieurs autres témoins et disciples, n’a pas attendu le décès de celui que nous pouvons désigner alors comme le Maitre Philippe, pour exprimer à quel point les pouvoirs manifestés par ce thaumaturge, ne pouvaient que faire l’objet de cette appellation.
Ce point de vue, peut nous permettre de mieux appréhender pourquoi nous pouvons trouver plusieurs passages relatifs aux appellations données à Monsieur Philippe, dont une du Dr Encausse lui-même.
Nous allons en effet voir que le terme de « Maitre » parvient plusieurs fois, du moins, pour ce qui nous est parvenu, dans les livres…Comme nous allons le lire, tant aux oreilles, qu’aux yeux de Monsieur Philippe.
Nous en trouvons même trace dans le discours d’ouverture de l’école de magnétisme de Lyon, en 1895.

A commencer par le sonnet récité à l’occasion de sa fete, objet d’un des derniers articles, mais que nous reprenons sur ces lignes:

Cher Bienfaiteur, mon Ange gardien m’a dit :
Va mon enfant chéri, va toi le plus petit
Parler bien doucement, comme dans ta prière,
A l’apôtre Divin que Dieu mit sur la terre.

Au nom de tous, dis-lui que le sien est béni,
Que notre coeur lui donne un amour infini ;
Dis-lui que sa grande âme, enfant nous est bien chère,
Qu’il est notre Sauveur, notre bienveillant père.

Pour célébrer sa douce et sainte fête,
Ouvre ton coeur, joins les mains, sois poète,
Dis, pour nous tous, en accents très émus :
O Maître aimé votre beau front rayonne,

D’une éclatante et céleste couronne,
Auréole d’Amour faite de vos vertus.

En suivant, nous avons, du premier de ses disciples, la lettre de Jean Chapas adressée à Maitre Philippe,

site Maitre Philippe de Lyon Jean-Chapas-www.philippedelyon.frJe reconnais parfaitement que de tous les maux que j’ai, je mériterais beaucoup plus.
Je voudrais mieux faire ; chaque fois que je me suis promis cela, je n’ai pas tenu. Je vous demande, mon cher Maitre, votre aide et votre protection pour améliorer ce mal qui est en moi. C’est l’orgueil, la paresse, la gourmandise, ainsi que les autres péchés capitaux.
Je voudrais faire ce que vous nous demandez, cher Maitre ayez pitié de ma faiblesse.
S’il me faut des adversités pour que mon coeur soit meilleur, ne m’épargnez pas, car je voudrais si c’est possible, être au nombre de vos soldats..

Je me reconnais indigne de tout cela, meme de vous demander, car je me rends compte que tout en moi ne vaut rien. Je me fais honte tellement je reconnais que je vaux peu de chose.
J’espère, mon Cher Maitre, que vous exaucerez mes demandes, dans la mesure du possible.
Votre serviteur

comme une autre lettre adressée elle par Gérard Encausse, Papus, également à Maitre Philippe, que nous reproduisons ici:

Cher et bon Maitre,

J’ai reçu votre lettre et vous en remercie, car c’est toujours une joie de voir votre écriture si désirée. ce que vous me dites est trop juste pour que je ne vous assure pas de mon obéissance immédiate. Je vous en ai parlé lors de notre entrvue à Lyon et vous ne m’avez pas fait d’objection à ce moment. Vous m’avez fait connaitre et aimer le Christ
De cela, je vous suis éternellement reconnaissant et je n’ai pas pu m’empêcher de prononcer le nom de l’Ami, en parlant du Grand Berger.
Si j’ai fait ainsi appel à votre autorité, c’est que depuis plusieurs années et en ce moment encore nous nous battons contre un mouvement anti-chrétien très solidement organisé.
Ce mouvement se fait par des revues et par des livres et c’est sur ce meme terrain que je m’efforce de combattre, bien qu’étant très certainement plus pêcheur et plus orgueilleux que mes frères qui attaquent le Christ.
Mais du moins, je m’efforce de faire aimer les évangiles et leur auteur.
Mr Philippe appelé Maitre Philippe de son vivantLe ciel m’est témoin qu’en Russie, je vous ai fais aimer sans vous nommer et que c’est l’indiscrétion d’un Martiniste qui a fait connaitre votre nom aux puissants de là-bas.

Ils l’ont chèrement payé, puisque les petits ont perdu votre visite et qu’ils ne vous ont plus jamais vu du jour où vous avez été appelé par le palais. Chaque fois que je suis passé quelque part, on vous a aimé et honoré ; chaque fois qu’on est venu vers vous à la suite de mon enthousiasme, on vous a un peu compris et plus aimé.
Je ne vous cacherai pas que, chaque fois aussi, on s’est détourné de moi et on m’a mis en accusation. Que m’importe puisque votre amitié me reste.
Je viens encore à vous, cher maitre, et je vous demande de ne pas laisser ceux qui se battent pour les idées que vous leur avez appris à aimer. Ne nous abandonnez pas si nous sommes pécheurs ou orgueilleux et soyez toujours notre bon Philippe, comme je voudrais etre toujours,
Votre bien dévoué petit fermier

Gérard Encausse

Toutes ces lettres sont publiées dans des ouvrages référencés dans la bibliographie

On peut découvrir bien d’autres données, comme tout ce qui est étudié ici, en lisant attentivement les publications de toutes sortes. Il est cependant indispensable de ne rien prendre à la lettre.

Nous trouvons des propos tenus également dans le cadre des séances:
…. »Vous me demandez ma protection ; mais je ne peux pas plus que vous protéger personne. Vous venez ici, vous êtes soulagés. Les uns viennent pour maladie, les autres pour des peines morales, mais tous vous demandez du soulagement. Vous restez quelques heures dans de bons sentiments avec l’esprit vers le bien. (26-5-1903)
Quelquefois vous vous dites : N’allons pas là malgré tout vous êtes poussés à y venir. Ce sont vos anges gardiens qui vous poussent ; et ne trouvez-vous pas qu’en sortant d’ici vous êtes allégés, que vous vous sentez plus forts ? (27-11-1894)
Vous serez tous un peu soulagés, mais il faut me promettre d’être sages. Savez-vous ce qu’il faut faire pour cela ; Simplement ne pas dire du mal de son prochain.
Ah ! si, je vous permets d’en dire mais en sa présence ; (12-7-1897)
Tout ce que je vous ai dit et que je vous dis, je l’ai prouvé, car Celui qui m’a envoyé m’a donné le pouvoir de vous présenter des preuves. Y en a-t-il qui puissent dire que je n’ai pas prouvé tout ce j’ai dit ; On lui répondit : « Maître, vous avez tout ce que vous avez dit
»….

Ou dans un récit narré par un des témoins. L’anecdote est ici entière pour comprendre le contexte des propos:
Un épicier, installé dans un quartier populeux et vendant à crédit, vint trouver. Philippe qu’il connaissait déjà et lui dit que son fils, pour qui il avait cependant demandé, malade de la diphtérie, venait de mourir.
– Eh bien ; lui fut-il répondu, je serai chez toi tout à l’heure.
Arrivé à la maison de l’épicier, M. Philippe demanda à celui-ci :
– Y a-t-il beaucoup de gens qui te doivent de l’argent ;
– Oui, tenez, de tous les clients inscrits sur ce gros cahier, c’est à peine si j’ai reçu quelques acomptes.
– Exiges-tu le paiement de toutes ces dettes ?
– Non, et même je vais le mettre au feu.
Et il jeta le cahier dans la cheminée où flambait un bon feu.
Le Maître entra dans la chambre du mort où se trouvaient déjà des personnes venues pour prier auprès de lui.
– As-tu déjà demandé au médecin de constater le décès ;
– Non, je suis allé d’abord chez vous.
Alors le Maître appela le jeune homme par son prénom, et le rendit vivant à son père. Puis il recommanda aux assistants de ne rien raconter de ce qu’ils avaient vu,
« parce que, dit-il, il est défendu de faire des miracles ».
Un jeune homme nommé Fier, qui avait un goître, avait ait demander par M.Laurent sa guérison au Maître.
– A quoi bon, dans un an il doit partir de l’autre côté.
Après cette réponse catégorique, dit M. Laurent, j’osai insister en lui disant :
« Malgré tout je vous en supplie, ô Maître, daignez guérir Fier de son goître ».
Quelques jours plus tard, je vis Fier venir à moi et me remercier d’avoir obtenu sa guérison. Je lui fis remarquer que le Maître seul devait être remercié.
Un an plus tard, le Maître me dit : « Fier est bien malade ; veuillez aller voir si sa mère a quelque besoin ».
Je me rendis auprès de Fier qui était au plus mal. Sa mère en pleurs me dit :
« Vous voyez ma triste situation ; non seulement mon père que vous voyez malade est au lit depuis longtemps, mais mon fils est à ses derniers moments. Cette nuit je vais sans doute me trouver toute seule et j’appréhende de le voir mourir ».
Je fis tous mes efforts pour réconforter cette pauvre mère et, au moment où je lui disais que le Maître m’envoyait à elle, le Maître entrait et, s’approchant du lit de Fier, il dit après quelques secondes de silence :
« Fier, regarde ».
Et, élevant la main il lui désigna un endroit.
– Vois-tu ce que je te montre ?
– Oh ; que c’est beau ;
– C’est beau ; c’est là que tu vas aller. N’oublie pas, lorsque tu seras là, ceux que tu laisses ici-bas.
Puis, après quelques secondes, le Maître dit au jeune homme : « Fier, rends-moi ton âme ».
A ce moment, Fier, dont un sourire baignait les lèvres, poussa un profond soupir et rendit son âme à celui qui la lui demandait.
Mme Boudarel, Mlle Félicie, ainsi que la mère de Fier étaient présentes
.

Comment affirmer dans ce contexte que Philippe de Lyon n’a jamais été appelé Maitre, et pas uniquement par ses disciples, de son vivant?
Nous n’avons par contre, pas connaissance d’éléments pouvant induire qu’il ait demandé d’être appelé Maitre. Cependant, si l’on prend en compte les propos rapportés sous diverses formes quant à l’humilité, comme le « statut » qu’il s’est donné lui-même de « Chien du berger« , il nous semblerait contradictoire d’envisager cette possibilité.

Pour conclure, nous reprendrons une phrase empruntée à Mme Jouffroy Grandjean nous donnant alors une belle illustration de l’appellation de « Maitre Philippe »:

« …Dire Maitre Philipe, c’est reconnaitre la force que Dieu mettait en lui, pour lui permettre de réaliser son destin, sa vocation »

Ne semble-t’il donc pas légitime que Monsieur Philippe ait entendu ou lu ce qualificatif de son vivant?