Rien de tel qu’un poème de Victor Hugo cité dans un livre…

Dans l’ouvrage « Monsieur Philippe de Lyon, Album souvenir 1905-2005« , page 41, nous sommes surpris de trouver un extrait d’un poème d’un des auteurs les plus célèbres de l’époque: Victor Hugo. Connu notamment pour ses écrits en général, et des romans épinglants une société déjà bien abimée par les inégalités, les poèmes ne sont pas en reste, en matière de dénonciations de ce qui choque ou blesse, cet exceptionnel talent littéraire de la fin du XIXe siècle.

Lire des vers, extraits d’un poème, plutôt long, émanant d’un si grand écrivain, dans un livre contenant quelques photocopie de photocopies d’illustrations sur Philippe de Lyon, étonne quelque peu. Mais voici la publication issue du livre:

site Maitre Philippe de Lyon poeme de Victor Hugo www.philippedelyon.fr« Va cueillir, villageoise,
La fraise et la framboise
Dans les champs, aux beaux jours.
À huit milles d’Amboise,
À deux milles de Tours,
Le château de l’Arbresle,
Roi de ces alentours,
Se dresse avec ses tours,
Ses tours et ses tourelles.
Va cueillir aux beaux jours
La fraise et la framboise,
À huit milles d’Amboise,
À deux milles de Tours,
C’est là que sont les tours,
Les tours et les tourelles
Du château de l’Arbresle
Bien connu des vautours.
 »

Qui d’ailleurs, dans le cadre du livre qu’est l’album souvenirs, est raccourcit à une seule strophe comme nous allons le constater en suivant.

Voici à présent, la publication d’origine:

« I
Va cueillir, villageoise,
La fraise et la framboise
Dans les champs, aux beaux jours.
À huit milles d’Amboise,
À deux milles de Tours,
Le château de l’Arbrelles,
Roi de ces alentours,
Se dresse avec ses tours,
Ses tours et ses tourelles.
Va cueillir aux beaux jours
La fraise et la framboise,
À huit milles d’Amboise,
À deux milles de Tours,
C’est là que sont les tours,
Les tours et les tourelles
Du château de l’Arbrelles
Bien connu des vautours.

II

Cueillez, Jeanne et Thérèse,
La framboise et la fraise,
Rions, dansons, aimons,
Le ciel en est bien aise,
Moquons-nous des sermons.
Le château de l’Arbrelles,
Qu’en chantant nous nommons,
Dresse sur ces vieux monts
Ses tours et ses tourelles,
Rions, dansons, aimons,
Cueillez, Jeanne et Thérèse,
La framboise et la fraise,
Moquons-nous des sermons.
Là-bas, sur les vieux monts
Se dressent les tourelles
Du château de l’Arbrelles
Bien connu des démons.

III

Cueillez filles d’Amboise,
La fraise et la framboise.
Les démons, les vautours,
Ont changé de figure
Depuis les anciens jours.
Tours de sinistre augure,
L’herbe croît dans vos cours,
Croulez, vilaines tours !
Le ciel en est bien aise.
Aimons, les ans sont courts,
Cueillez, Jeanne et Thérèse,
La framboise et la fraise.
Ô belles, mes amours,
Pour piller vos atours,
Pour vous emplir de flammes,
Les démons sont nos âmes,
Nos cœurs sont les vautours.
 »

La surprise est suffisamment grande pour étudier d’un peu plus près le sujet. Nous allons donc nous renseigner auprès de personnes spécialistes du sujet. Ces dernières nous informent, que dans ce poème en tous cas, il n’est nullement question de la commune de l’Arbresle ; celle de la région lyonnaise. En voici les raisons, autant orthographiques que géographiques.

L’orthographe
La différence entre les deux versions, réside outre la longueur, surtout dans l’orthographe d’un mot. Un seul mot.
Celui du nom d’une commune: l’Arbresle, qui entre autres différences, prend deux LL, Comme nous pouvons le constater, dans l’oeuvre d’origine.
Dans l’extrait inséré dans le livre, il perd la lettre.
Ce qui, dans le cas qui nous occupe, permet de donner l’impression que Monsieur Hugo se serait intéressé à la commune où vécut Monsieur Philippe.

La localisation géographique ensuite
Or Victor Hugo n’a pas écrit sur la commune distante d’une trentaine de kilomètres de l’agglomération lyonnaise, mais sur un village situé lui, en Touraine, dénommé effectivement Arbrelles (avec deux L). Nous pouvons d’ailleurs noter que les communes citées par ailleurs dans ce texte, sont effectivement aux distances indiquées dans les vers suivants, de la petite ville située elle, près d’Amboise.
il existe d’ailleurs un fort beau domaine de l’Arbrelles, toujours dans la région de cette magnifique vallée de la Loire, mais il ne faut pas le confondre avec le château de l’Arbresle, situé lui à une petite distance de Lyon, même si, ce dernier fut à une époque, lui aussi, un superbe domaine.

Nous sommes plusieurs à avoir constaté et fais vérifier les mots exacts du poème. Le texte d’origine a qui plus est, été écrit lui, d’après les sources, en 1876, dans un ouvrage publié après la mort de l’écrivain, avec le titre: « Toute la Lyre ».

Et ce, même si…

site Maitre Philippe de Lyon extrait Victor Hugo l'ArbresleVictor Hugo a en effet notifié, mais dans un tout autre contexte, bien des années avant, le chateau de l’Arbresle, avec, nous le notons, un seul « L » cette fois-ci, bel et bien situé lui, sur la commune proche de Lyon, en faisant référence en l’occurrence au chateau qui domine le village. Sans aucun rapport pour autant avec Philippe de Lyon.
Cet écrit, dont voici un extrait, reproduit en clair ci-dessous, contenant l’allusion à la démolition du chateau de la commune, est qualifié de pamphlet à l’époque. Hugo marque à sa manière, sa notable hostilité, comme il sait si bien le faire, à l’encontre de la remarquée disparition, à l’époque, de nombreux monuments historiques, sur tout le territoire français:
« …La belle église romane de Saint-Germain des Prés, d’où Henri IV avait observé Paris, avait trois flèches, les seules de ce genre qui embellissent la silhouette de la capitale. Deux de ces aiguilles menaçaient ruine. Il fallait les étayer ou les abattre ; on a trouvé plus court de les abattre. Puis, afin de raccorder, autant que possible, ce vénérable monument avec le mauvais portique dans le style de Louis XIII qui en masque le portail, les restaurateurs ont remplacé quelques-unes des anciennes chapelles par de petites bonbonnières à chapiteaux corinthiens dans le goût de celle de Saint-Sulpice ; et on a badigeonné le reste en beau jaune serin. La cathédrale gothique d’Autun a subi le même outrage. Lorsque nous passions à Lyon, en août 1825, il y a deux mois, on faisait également disparaître sous une couche de détrempe rose la belle couleur que les siècles avaient donnée à la cathédrale du primat des Gaules. Nous avons vu démolir encore, près de Lyon, le château renommé de l’Arbresle. Je me trompe, le propriétaire a conservé une des tours, il la loue à la commune, elle sert de prison. Une petite ville historique dans le Forez, Crozet, tombe en ruines, avec le manoir des d’Aillecourt, la maison seigneuriale où naquit Tourville, et des monuments qui embelliraient Nuremberg. A Nevers, deux églises du onzième siècle servent d’écurie. Il y en avait une troisième du même temps, nous ne l’avons pas vue ; à notre passage, elle était effacée du sol. Seulement nous en avons admiré à la porte d’une chaumière, où ils étaient jetés, deux chapiteaux romans qui attestaient par leur beauté celle de l’édifice dont ils étaient les seuls vestiges. On a détruit l’antique église de Mauriac…. » extrait de 1825-1832 Guerre aux démolisseurs de Victor Hugo

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L’Arbresle dans un poeme de Victor Hugo

2 pensées sur “L’Arbresle dans un poeme de Victor Hugo

  • 12 septembre 2014 à 18 h 11 min
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    Comme l’écrivait Juju en son temps : sacré Totor !

  • 22 septembre 2014 à 8 h 10 min
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    Au moins une autre anomalie a été repérée dans le volume où figure ce poème ( l’arbrelle petit arbre ayant été confondu, entre autres, avec arborosa).
    Il s’agit d’un plan du Clos Landar en 1900 où la pièce d’eau a été grandement minimalisée : on peut le constater encore de nos jours, mais de l’époque un document existe : il s’agit d’une photographie prise en contrebas de ce bassin et on se rend parfaitement compte de son importance par rapport aux bâtis.

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